Jeudi 2 février 2012
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Pasquino
Piazza di Pasquino
Rome insolite
A deux pas de la Piazza Navona, se trouve une "statue parlante".
Le serveur du restaurant s'est fait un peu prier pour nous indiquer où est la petite place, qui n'est pas facile à trouver.
On appelle « statues parlantes » ces sculptures anthropomorphes en pierre dont le peuple romain se servait pour y placarder des satires clandestines, de préférence contre le gouvernement et ses
représentants.
Ce morceau de marbre est tout ce qui reste d'un groupe hellénistique représentant probablement un épisode de l'Illiade où Ménélas tente de protéger Patrocle blessé sous les murs de Troie. Il
servit pendant des années de perron dans une rue boueuse jusqu'à ce que le cardinal Oliviero Carafa le dresse à son emplacement actuel, au dos de son palais et à côté de la boutique d'un
cordonnier à la langue bien pendue dénommé Pasquin.
Les souverains pontifes décourageaient la liberté de parole à Rome et l'artisan rédigea des couplets satiriques qu'il accrocha à la statue, qui finit par prendre son nom.

Il fut bientôt imité malgré la colère des autorités et la peine de mort qui menaçaient les auteurs des pamphlets.
L'ironie populaire s'exprima à travers d'autres "statues parlantes" telles que la "Babuino", via del Babuino, ou "Marorio" exposé aujourd'hui dans la cour du Palazzo Nuovo, qui formaient pendant
la Renaissance le 'Congrès des gens d'esprit". La tradition se maintint jusqu'au XIXè siècle.
Encore aujourd'hui les statues parlantes sont recouvertes de petits papiers. Au Pasquino, une petite pancarte a été installée, pour les romains puissent y accrocher leurs petits mots
anonymement, et de nuit.
Ainsi, depuis 1501, la statue est devenue la voix du peuple de Rome, dont les messages anonymes étaient des remarques politiques souvent amères contre le Pape et l'aristocratie et risquaient
souvent être détruits.
Le Pape Adrian VI a ordonné de jeter la statue dans le Tibre, mais les cardinaux craignaient la réaction de la population.

La statue a été aussi gardée jour et nuit. Les messages furent alors déposés sur les autres statues parlantes de Rome.
Benedict XIII, quant à lui, a établi un décret fixant les punitions pour ceux qui ont laissé ces messages, y compris la peine de mort.
Malgré ces mesures, les messages ont continué à être déposés, et Pasquino est devenu le symbole d'antagoniste du Pape, permettant aux romains d'exprimer leur mécontentement d'une façon
totalement anonyme.
Celles-ci sont régulièrement arrachées par les autorités. Mais, les satires réapparaissent régulièrement.

Ces petits mots sont appelés communément des "pasquinades".
Sources : Hachette, et internet