Mercredi 30 mai 2012
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La maison de Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups
Napoléon a exilé Chateaubriand à « au moins deux lieues de Paris ». La cause de la colère de l’empereur : un article qu’il a écrit dans le « Mercure de France », son journal, où il dénonce le
despotisme impérial. C’est dans ces circonstances que Chateaubriand achète, le 22 août 1807, le domaine de la Vallée-aux- Loups, situé dans le hameau d’Aulnay.
La Vallée-aux- Loups plait immédiatement à Chateaubriand. Il écrit en 1811, dans ses Mémoires d’Outre- Tombe : « À mon retour de la Terre Sainte, j’achèterai près du hameau d’Aulnay une maison de
jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux descendant de cette maison n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvaient une ravine et un
taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances… »
Chateaubriand fait entreprendre des travaux de réparation dans la maison, et s’y installe avec son épouse.
À la Vallée-aux-Loups, Chateaubriand écrit, mais pas seulement. Il se livre à sa passion : le jardinage. Il met ainsi en accord ses aspirations et sa vie quotidienne. Chateaubriand prend plaisir
à créer le parc de la Vallée-aux-Loups, guidé par ses souvenirs et ses voyages.
Au fil du temps, le parc s’enrichit de nouvelles plantations, le maître plante des essences qui sont autant de souvenirs de ses voyages. Chateaubriand ne verra pas grandir ses petits arbres
jusqu’à leur maturité, car la Restauration lui est plus hostile que l’Empire.
Déchu de ses fonctions de ministre, il se retrouve dans une situation financière catastrophique. Le domaine de la Vallée-aux-Loups est mis en adjudication.
*L'aile du duc de Montmorency. Cette partie n'est pas classée aux monuments historiques.
En 1817 Chateaubriand vend la maison à Mathieu de Montmorency, ami de Juliette Récamier, qui va l'occuper; c'est un amoureux platonique, c'est aussi l'ami et le rival de Chateaubriand puisqu'il
dit à Juliette : "je vous prie de ne pas trop recevoir l'ancien propriétaire"!
Chateaubriand reviendra évidemment et il est probable qu'une partie de ses amours avec Juliette Récamier ait été abritée dans ces lieux.
*Juliette Récamier fut le grand amour de Chateaubriand. Ils étaient mariés chacun de leur côté. L'épouse de Chateaubriand, Céleste, n'était pas
jolie. Il ne l'aimait pas, il l'avait épousée par distraction, par intérêt... Quant à Mme Récamier, son mariage n'a jamais été consommé! Du coup on la disait frigide, d'autant plus que, très
courtisée, personne n'a pu conquérir son coeur ... jusqu'à Chateaubriand. Leur amour a duré jusqu'à la fin de leur vie.
Aujourd’hui, la maison a été complètement restaurée à l’image de ce qu’elle était quand Chateaubriand y vivait. Propriété du Département des Hauts-de-Seine, elle fait partie du Parc départemental
de la Vallée-aux-Loups.
Le domaine de la Vallée-aux-Loups est la propriété du conseil général des Hauts-de-Seine depuis 1987.
Elle est protégée au titre des monuments historiques par deux arrêtés successifs.
Article paru dans Mercure de France , 4 juillet 1807.
"Lorsque dans le silence de l'abjection, l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et de la voix du délateur, lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux
d'encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l'historien paraît chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l'Empire ; il croît inconnu
auprès des cendres de Germanicus, et déjà l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du monde".
Chateaubriand raconta la suite dans les Mémoires d'Outre-tombe (2ème partie, livre 18, chapitre 5):
"Les prospérités de Bonaparte, loin de me soumettre, m'avait révolté ; j'avais pris une énergie nouvelle, dans mes sentiments et dans les tempêtes. Je ne portais pas en vain un visage brûlé par
le soleil, et je ne m'étais pas livré au courroux du ciel pour trembler avec un front noirci devant la colère d'un homme. Si Napoléon en avait fini avec les rois, il n'en avait pas fini avec moi.
Mon article tombant au milieu de ses prospérités et de ses merveilles, remua la France : on en répandit d'innombrables copies à la main ; plusieurs abonnés du Mercure détachèrent l'article et le
firent relier à part ; on le lisait dans les salons, on le colportait de maison en maison. Il faut avoir vécu à cette époque pour se faire une idée de l'effet produit par une vois retentissant
seule dans le silence du monde. (…) Napoléon s'emporta : on s'irrite moins en raison de l'offense reçue qu'en raison de l'idée que l'on s'est formée de soi. Comment ! mépriser jusqu'à sa gloire ;
braver une seconde fois celui aux pieds duquel l'univers était prosterné ! "Chateaubriand croit-il que je suis un imbécile, que je ne comprends pas ! Je le ferai sabrer sur les marches des
Tuileries." Il donna l'ordre de supprimer le Mercure et de m'arrêter. Ma propriété périt ; ma personne échappa par miracle : Bonaparte eut à s'occuper du monde ; il m'oublia, mais je demeurai
sous le poids de la menace."

La réalité serait plus tempérée. Certes l'Empereur est en colère contre Chateaubriand, mais Joseph Joubert, ami de l'écrivain, rend compte ainsi de l'ire impériale dans une lettre de septembre
1807: "Le tonnerre a grondé ; le nuage a crevé, et la foudre en propre personne a dit à Fontanes que si son ami recommençait, il serait frappé. Tout cela a été vif, et même violent, mais court.
Aujourd'hui tout est apaisé; seulement on a grêlé sur le Mercure".
Sources : http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/pagesnapo_MercuredeFrance.asp
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