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Paris insolite et secret
Le jeu de bague du jardin du Luxembourg, un manège charmant et désuet, une véritable pièce de musée.
Le manège de chevaux de bois suspendus est construit en 1879 sur les plans de Charles
Garnier, l'architecte de l'Opéra de Paris. Il est ouvert tous les jours à partir de 13 heures. Rainer Maria Rilke, familier du jardin, lui a consacré un poème.
Sous une toile verte surmontée d’une sphère jaune, plusieurs générations se sont succédées et le manège est toujours autant apprécié des enfants du quartier qui se ruent sur les
montures : après avoir choisi leur animal, ils sont équipés d’une baguette leur permettant, comme dans l’ancien jeu de bague, d’attraper des anneaux suspendus à une « poire » en bois
tenue par l’employé. 
Autrefois leur habileté était récompensée d’un sucre d’orge, malgré tout le jeu remporte encore un franc succès, même s'il n'y a plus rien à gagner. Sylvie, 35
ans, était déjà une adepte quand elle était petite fille, et c'est désormais avec ses deux enfants qu'elle vient de temps en temps. « Cela les amuse et c'est vraiment plus sympa que les manèges
modernes », note la jeune femme. (le parisien 30 juin 2003)
Les 22 chevaux blancs, bruns ou noirs, trois paires de
cerfs, éléphants, girafes et deux nacelles tournoyaient autrefois au son des airs mélancoliques d’un piano mécanique, mais en 1917 une administration aux oreilles sensibles en interdit
l’usage.
| Munis d’un toit et de son ombre | Et de temps en temps un éléphant blanc. |
| la troupe de chevaux bariolés | Et sur les chevaux passent, |
| se met à tourner pour un moment; | des petites filles claires aussi |
| tous sont de ce pays | déja trop âgées pour ces cabrioles |
| qui longtemps hésite avant de sombrer. | et en plein vol elles lèvent leur regard |
| Si certains d’entre eux trottent en attelage | pour le poser ailleurs, quelque part. |
| tous ont pourtant le même air décidé; | Et de temps en temps un éléphant blanc. |
| un lion court près d’eux rouge et méchant | Et tout continue, se hâte vers la fin |
| et de temps en temps un éléphant blanc. | et tourne et vire sans cesse et sans but. |
| Il y a même un cerf comme dans les bois, | Un rouge, un vert, un gris qui passent en hâte |
| sauf qu’il a une selle et sur cette selle | un petit profil à peine ébauché. |
| une petite fille bleue tenue par des courroies. | Parfois un sourire aux anges |
| Un garçon tout blanc chevauche le lion | se tourne, éblouit et disparaît |
| et s’y tient ferme d’une blanche main chaude | dans ce jeu aveugle et hors d’haleine... * |
| tandis que le fauve montre sa langue et ses crocs. |

*Rainer Maria Rilke 1905 Le carrousel
sources : Paris secret et insolite, Editions Parigramme.